Petite Histoire et Grands Secrets du catalogue de Messier
Depuis son observation le 12 septembre 1758 de la Nébuleuse du Crabe dans la constellation du Taureau, Charles Messier, opiniâtre chasseur de comètes, formula le souhait de dresser un catalogue des « nébuleuses et des amas d’étoiles » qui parsemaient le ciel et pouvaient être confondus avec les astres chevelus. Formalisant ses découvertes dès 1764, Messier en assura une première publication en 1774. Devenu aujourd’hui le catalogue d’objets célestes le plus connu des débutants en astronomie – et même des plus chevronnés – son histoire n’a pourtant pas été sans repos, et il s’en est fallu de peu qu »il ne devienne une obscure relique d’un temps passé, sans en connaître davantage de gloire. Qu’est-ce qui fait aujourd’hui la notoriété du catalogue de Messier ? Comment est-il arrivé jusqu’à nous, quel a été son chemin depuis le début de sa conception ? C’est parti pour un petit tour exhaustif de la question !
La première édition de 1774

En 1774, Messier fait paraître dans Histoire et Mémoires de l’Académie des Sciences pour l’année 1771 sa toute première version du catalogue. Elle contient 45 objets, de M1 à M45.
Cette édition est disponible en consultation et téléchargement dans les archives numérisées de la Bibliothèque Nationale de France.

On peut s’étonner que les Mémoires de l’Académie des Sciences, qui n’étaient en somme qu’un recueil de publications scientifiques, paraissaient aussi longtemps après la rédaction des travaux qu’elles contenaient. En effet, dans le courant du XVIIIème siècle, il n’était pas rare d’observer un décalage de 2 à 4 ans entre la rédaction et la parution de ces ouvrages. Cette situation était liée à plusieurs facteurs :
- Un processus de validation scientifique très lent : les travaux présentés à l’Académie devaient être d’abord lus en séance. Elles étaient ensuite examinées par des commissaires, c’est-à-dire par un groupe d’expert du domaine, et ensuite discutées collectivement. A cette occasion, elles étaient si besoin corrigées ou complétées. C’est une forme précoce de ce que l’on appelle aujourd’hui le peer review ou « examen par les pairs ». Cependant, à l’époque, les savants étaient souvent occupés ou éloignés les uns des autres, et la moindre discussion nécessitait parfois plusieurs mois de correspondance, ou des réunions qui pouvaient être très espacées. La validation de l’article pouvait prendre des mois, voire des années !
- Un mémoire présenté oralement n’était pas prêt à être immédiatement imprimé : il fallait le remettre en forme, le rédiger, y ajouter souvent des démonstrations, des tableaux, des figures. Les gravures sur cuivre pour l’impression des schémas scientifiques ou des dessins relevaient par exemple d’un processus artisanal long.
- Il y avait des contraintes matérielles d’impression : à l’époque encore, l’impression d’un volume complet était un projet lourd, souvent à de multiples reprises retardé. La composition typographique était manuelle et nécessitait de nombreuses corrections intermédiaires. Les volumes à imprimer étaient épais et complexes.
- Contrairement à se qui se passe aujourd’hui, les articles n’étaient pas publiés individuellement. On attendait de réunir suffisamment d’articles pour en faire un volume annuel. Si certains articles tardaient à être mis en forme, c’est l’ensemble du volume qui était retardé.
- Enfin, à cette époque, la diffusion des connaissances était admise comme étant lente. Les savants échangeait la plupart du temps entre eux par de longues correspondances. La priorité était plus donnée à la qualité et la solidité des résultats qu’à leur vitesse de diffusion. De plus, souvent, les scientifiques travaillaient seuls ou en coopération avec un nombre restreint de collègues, ce qui ne rendait pas le progrès scientifique rapide.
Le retard de publication était donc subi et largement accepté à cette époque.
Parler des Mémoires de l’Académie des Sciences nous amène, avant de poursuivre notre voyage, à nous intéresser un peu à cette dernière.
L’Académie Royale des Sciences
L’Académie Royale des Sciences occupe une place essentielle dans l’histoire scientifique européenne. Fondée au XVIIe siècle sous le règne de Louis XIV, elle marque la volonté de la monarchie française de faire de la science un instrument de prestige, de progrès et de puissance. Son influence a profondément façonné le développement des mathématiques, de l’astronomie, de la physique et des sciences naturelles. L’Académie Royale des Sciences est créée en 1666 à l’initiative de Jean-Baptiste Colbert, principal ministre de Louis XIV. Inspiré par les sociétés savantes déjà présentes en Europe, notamment la Royal Society de Londres, Colbert souhaite réunir les meilleurs savants du royaume afin de promouvoir les connaissances scientifiques et techniques.
La Révolution française et la transformation de l’Académie
La Révolution française bouleverse profondément les institutions du royaume. En 1793, les académies royales sont supprimées, car elles sont associées à l’Ancien Régime. Cependant, les besoins scientifiques demeurent essentiels pour la jeune République. Dès 1795, une nouvelle organisation est créée : l’Institut de France. L’ancienne Académie Royale des Sciences y renaît sous une forme républicaine et devient plus tard l’actuelle Académie des sciences.
Aujourd’hui encore, l’héritage de l’Académie Royale des Sciences reste considérable. Elle a contribué à structurer la recherche scientifique moderne en France et à promouvoir une méthode fondée sur l’observation rigoureuse et l’expérimentation. Son histoire illustre aussi la transformation de la science au fil des siècles : d’une activité réservée à quelques savants soutenus par le roi à une entreprise collective internationale au cœur du progrès contemporain. L’Académie Royale des Sciences demeure ainsi un symbole de l’essor intellectuel et scientifique qui a marqué l’Europe moderne.
La deuxième édition de 1780
En 1774, Messier fait paraître dans Histoire et Mémoires de l’Académie des Sciences pour l’année 1771 sa toute première version du catalogue. Elle contient 45 objets, de M1 à M45.
Cette édition est disponible en consultation et téléchargement dans les archives numérisées de la Bibliothèque Nationale de France.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35697/f611.image

La Connaissance des Temps
Le Bureau des Longitudes et l’IMCCE
Et la Connaissance des Temps alors ?
La troisième édition de 1781

En 1774, Messier fait paraître dans Histoire et Mémoires de l’Académie des Sciences pour l’année 1771 sa toute première version du catalogue. Elle contient 45 objets, de M1 à M45.
Cette édition est disponible en consultation et téléchargement dans les archives numérisées de la Bibliothèque Nationale de France.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35697/f611.image
Flammarion et Messier
A l’occasion de l’Année Flammarion en 2025 commémorant le centenaire de la mort de Camille Flammarion, deux articles traitant de son épopée « messierienne » sont parus dans la revue L’Astronomie de la Société Astronomique de France.
Les voici en téléchargement directs. Il sont également accessibles avec de nombreuses autre ressources concernant Flammarion sur le site https://camille-flammarion.fr/.
En 1877, au hasard d’une balade, Camille Flammarion découvre chez un des libraires du bord de Seine, en face de l’Institut, un exemplaire de La Connaissance des Temps de 1781 (donc la troisième édition, la plus complète), annotée de la main de Messier lui-même ! Il écrit :
J’eus l’heureuse chance d’y rencontrer, parmi de vieux bouquins, le manuscrit de l’astronome Messier contenant ses découvertes cataloguées de 103 nébuleuses et amas d’étoiles, destinées à la Connaissance des temps de 1783 et 1784, avec ses remarques détaillées sur chaque observation. Un grand désir s’empara de moi d’observer ces curiosités du ciel, à l’aide d’un télescope de 20 cm que j’avais construit en 1873, avec le concours amical des frères Henry, pour mon usage personnel sur le balcon de mon appartement de l’avenue de l’Observatoire.
Cette découverte stimule l’enthousiasme de Flammarion. Il décide de réaliser un Grand-Œuvre, une série de publications couvrant l’ensemble des objets du catalogue de Messier dans la revue de la Société Astronomique de France : L’Astronomie. Ces publications débutent en 1917 par un premier article détaillant M1 à M6. Elles se poursuivront jusque 1921, pour couvrir l’ensemble du catalogue initial soit les 103 objets de l’édition détenue par Flammarion. Il en esquisse une description fouillée illustrée par des dessins et des photographies, réalisées par Ferdinand Quenisset.
En 1921, dans le dernier article consacré à M103, Flammarion mentionne une note manuscrite, semble-t-il de la main de Messier, dans son exemplaire du catalogue.

C’est ainsi que paraît, au mois de septembre 1921, un article sur Messier 104, objet ajouté par Camille Flammarion au catalogue de Messier (L’Astronomie, 1921, 355-359).





Messier 104 est aujourd’hui bien connue des astronomes amateurs, puisqu’il s’agit de la Galaxie du Sombrero, dans la constellation de la Vierge, également enregistrée sous l’entrée NGC 4594 comme le rapporte Flammarion.

De 1921 à 1923, Flammarion entreprend de compléter le catalogue en y ajoutant des objets remarquables du ciel profond susceptibles d’avoir été observés par Messier, cependant sans preuve qu’il l’ait réellement fait. L’étude de ces objets va donner naissance à une deuxième série d’articles parus également dans l’Astronomie : La suite du Catalogue de Messier. Cette liste compte 18 objets, numérotés de 105a à 119. Ces objets ne doivent pas être confondus avec les objets additionnels (de M104 à M110) dont allons nous maintenant parler.
Les objets additionnels
Les objets manquants
Quelques références
Que ce soit sur le Web ou sous forme d’ouvrages, les ressources concernant le catalogue de Messier sont nombreuses. Afin de compléter vos connaissances et d’approfondir le le sujet, voici une liste de références à consulter.




Eh ben, ça c’est du super boulot !!